De l’audace DIY à la dépendance API : le dilemme techno du build or buy

19/06/2025

Il était une fois, dans un loft berlinois, une équipe de développeurs discute sérieusement de l'idée de fabriquer leur propre JavaScript. Pendant ce temps, à Tokyo, un fonds d'investissement lève un demi-milliard pour acquérir… un plugin de gestion de cookies. Bienvenue dans l'ère où « make or buy » ne se limite plus aux classiques matrices coûts-avantages des grandes industries, mais rime avec guerres d'influence technologique, détournements de licences open-source et soirées hackathon sponsorisées par des géants du cloud. Alors, bâtir un empire digital de vos mains ou céder aux sirènes d'une techno déjà packagée ? Entre souveraineté high-tech et art du raccourci, faisons un tour d'horizon des stratégies qui transforment ce vieux dilemme en un périple kafkaïen, un mélange de suspense anxiogène et de logique illogique, où le réel bascule dans l'irrationnel.

Aujourd'hui, le « build or buy » n'est plus un dilemme binaire mais un vertige stratégique digne d'un roman de Philip K. Dick. Prenez l'exemple de Waymo, l'épine dorsale d'Alphabet dans la voiture autonome. Ils se sont imaginés que racheter Tesla pour ses caméras serait de la paresse… Résultat : ils bricolent des capteurs lidar à haute fréquence qui donnent mal à la tête, n'ont toujours pas livré une flotte opérationnelle et ont englouti plus d'un milliard de dollars, un coût qui ferait grimacer Elon Musk lui-même.

Pourtant, quand on regarde du côté de la nouvelle folie des fintech, certains ont préféré racheter bancs entiers de code open source façon buffet à volonté. Résultat : mise sur le marché en un clin d'œil, une petite levée de 5 millions, et puis… la dépendance au gré de la roadmap du projet communautaire, où chaque pull request se mue en labyrinthe de validations.

Ce qui est fascinant, c'est que le vrai enjeu dépasse maintenant la simple équation des coûts. À l'ère des sanctions économiques, des ruptures de chaîne d'approvisionnement et du spectre de la pénurie de puces, « make » signifie souvent « s'affranchir » : autonomie stratégique, souveraineté technologique, prestige du geek internalisé. On pense un peu au nouveau pacte franco-allemand pour la micro-électronique : construire un écosystème européen pour ne pas devoir supplier les chips taïwanais lors du prochain typhon — un projet qui, paradoxalement, exige davantage de temps qu'une commande standard chez Nvidia.

Mais « buy », c'est aussi célébrer l'art du sprint. Vous voulez un chat bot intelligent ? Plutôt que de coder un transformer from scratch, pourquoi ne pas simplement brancher l'API d'OpenAI ou d'Adept ? Certains l'ont compris et se font appeler aujourd'hui « no-codeurs » : ils orchestrent des plugins, alignent des Zapier, comme un DJ en rave party techno, et dansent autour de la question de la propriété intellectuelle.

Une tendance émergente consiste à renverser la question : pourquoi pas un « buy and kill » bien senti ? Acheter la plus brillante start-up de deep learning, puis dissoudre son équipe dans votre servopresseur interne. C'est la méthode utilisée par certains géants de la Silicon Valley : racheter non pas pour intégrer, mais pour éliminer la concurrence… un Make-or-Bury qui ferait frémir Machiavel.

Au fond, le vrai critère n'est plus « build vs buy », mais « venture cheap vs venture cher ». Peut-on tolérer une équipe qui bouffe tout votre cash pour voir naître un microservice révolutionnaire, ou vaut-il mieux acheter une clé USB sur-équipée et en rire trois mois ? L'équation se complexifie lorsque l'on intègre l'impact social : une solution interne peut devenir un projet de marque employeur, tandis qu'un service tiers vous colle l'étiquette d'un pantin sous licence, sans âme ni storytelling.

Alors, comment trancher ? Peut-être en faisant preuve d'une bonne dose de stoïcisme et de cynisme : accepter que vous ne pouvez pas maîtriser tous les variables, tolérer l'irréversible, et admettre que, parfois, acheter c'est aussi l'art de renoncer. Renoncer à être visionnaire, renoncer à être unique, mais gagner en célérité. À l'inverse, construire c'est s'embarquer pour un odyssée où vous découvrirez, entre deux bugs, la saveur douce-amère de la propriété : la fierté, certes, mais aussi un fardeau à assumer.

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Pauline Perrotton - Blog VC
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