L’Exit : rêve de cash ou casse-tête stratégique ?

06/03/2025

Pour une startup, la sortie (exit) est censée être l'aboutissement d'un cycle, le moment où fondateurs et investisseurs encaissent les gains et où l'entreprise passe à une nouvelle étape. IPO, acquisition, rachat par des fonds : les options existent, mais aucune n'est un eldorado garanti. Entre marchés boursiers capricieux, deals stratégiques de plus en plus prudents et fonds de VC sous pression, l'Exit n'est plus ce qu'il était. Faut-il encore en faire un objectif ultime, ou repenser entièrement la notion de réussite entrepreneuriale ?

IPO : la désillusion du Graal boursier

Historiquement, l'introduction en bourse (IPO) représentait la consécration. C'était l'accès aux capitaux publics, la liquidité pour les actionnaires et la reconnaissance du marché. Pourtant, les chiffres récents racontent une autre histoire :  les IPO ont chuté de manière drastique. En 2024, si certaines entreprises comme Reddit ou Klaviyo ont réussi leur entrée, elles l'ont fait avec des valorisations revues à la baisse et une volatilité accrue. Des mastodontes comme Stripe ou Databricks repoussent l'échéance, conscients que la fenêtre de tir reste étroite. En effet, lors d'une récente conférence Axios, le jour même de l'annonce du dernier tour de table de Databricks, le PDG de Databricks, Ali Ghodsi, a déclaré que la société avait décidé qu'il était « stupide d'introduire en bourse » en 2024, compte tenu de facteurs tels que le fait qu'il s'agissait d'une année électorale et d'autres domaines d'incertitude

Pourquoi ? Parce que la bourse n'est plus cette source intarissable de liquidités. Parce qu'un passage en public impose une gouvernance plus rigide, un focus sur le court terme et une pression constante des actionnaires. Et surtout, parce que la correction post-bulle tech a refroidi l'enthousiasme des marchés.

Quand les Géants de la Tech dévorent les startups : les dessous des acquisitions ratées

Face aux incertitudes boursières, l'acquisition par un acteur industriel ou un géant de la tech semble une alternative séduisante. Pourtant, cette voie se heurte à plusieurs obstacles majeurs. Les grands groupes, autrefois voraces, sont désormais sur la réserve, muselés par des réglementations antitrust toujours plus draconiennes. Les tentatives avortées de rachat par Meta ou Microsoft en sont des exemples criants. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg.

Un rachat, même réussi sur le papier, ne garantit pas une intégration harmonieuse. Combien de startups, après avoir été absorbées par un mastodonte, ont vu leur âme se dissoudre dans les méandres bureaucratiques ? Combien ont été reléguées aux oubliettes, faute de synergies véritables ? L'histoire regorge de ces mariages malheureux où l'innovation se retrouve étouffée sous le poids des processus et des cultures d'entreprise incompatibles. Prenons l'exemple de Yahoo et Tumblr. En 2013, Yahoo acquiert Tumblr pour plus d'un milliard de dollars, espérant insuffler une nouvelle jeunesse à sa plateforme vieillissante. Mais l'intégration tourne au fiasco : Tumblr perd son identité, ses utilisateurs, et Yahoo finit par revendre la plateforme pour une bouchée de pain.

Ce genre d'exemple illustre bien les défis colossaux que représentent les acquisitions dans le monde tech. Elles nécessitent non seulement une vision stratégique claire, mais aussi une capacité à préserver l'ADN des entreprises rachetées. Sinon, elles risquent de devenir des coquilles vides, dépouillées de leur potentiel innovant.

Les VC à la croisée des chemins 

Les fonds de capital-risque (VC) sont souvent les premiers à pousser vers un Exit rapide, car leur modèle repose sur le recyclage des liquidités pour financer la prochaine génération de startups. Mais avec des IPO incertaines et des acquisitions plus complexes, les VC eux-mêmes sont piégés. Beaucoup prolongent artificiellement la vie des startups en multipliant les tours de table, mais cela entraîne une dilution excessive et une perte de contrôle des fondateurs.

Autre effet pervers : le modèle "grow at all costs" (croître à tout prix) est en train de s'effondrer. Les investisseurs sont de plus en plus attentifs à la rentabilité et aux cash-flows, ce qui force les startups à revoir leur trajectoire. Exit les levées XXL et les valorisations hors sol, place aux business models viables sur le long terme.

Exit ou pas exit : et si la vraie réussite était ailleurs ?

Face à cette impasse, une tendance monte : les "private exits". Plutôt que d'attendre un IPO ou un rachat, certains investisseurs revendent leurs parts sur le marché secondaire à des fonds de growth equity ou des family offices. SoftBank, par exemple, a revendu une partie de ses positions dans des startups privées pour récupérer de la liquidité. Cette stratégie présente plusieurs avantages : elle permet aux fondateurs et aux premiers investisseurs de monétiser une partie de leur participation sans sacrifier l'autonomie de la startup. De plus, elle limite l'exposition aux turbulences des marchés publics.

L'idée selon laquelle une startup n'existe que pour réaliser un Exit est de plus en plus contestée. Dans un monde où les liquidités sont plus rares et où la rentabilité redevient une priorité, le mythe du "build fast, exit faster" touche à sa fin. La sortie ne sera plus une finalité, mais un choix parmi d'autres. Encore faut-il que les startups et les investisseurs acceptent d'en changer la narration.

Pauline Perrotton - Blog VC
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