Innovation en santé : défis et perspectives de financement

09/10/2024

Le financement de l'innovation en santé est un sujet aussi complexe que vital. La récente déclaration de France Biotech, alertant sur la fragilité financière des entreprises de la Medtech, est une piqûre de rappel sur les défis structurels que traverse ce secteur en pleine mutation. Pourtant, le soutien à l'innovation en santé est plus que jamais crucial, car il façonne l'avenir de nos systèmes de soins. Alors, comment assurer la pérennité de cet écosystème tout en le dynamisant ?

Crédit Impôt Recherche : une réforme en perspective, un secteur en suspens

Le crédit impôt recherche (CIR) est souvent perçu comme un pilier du financement de l'innovation en France. Frédéric Girard, président de France Biotech, le décrit comme « un dispositif absolument vital » pour les 2 600 entreprises du secteur, dont 95 % utilisent ce dispositif, et où il représente en moyenne 20 % de leurs dépenses d'exploitation. Avec des trésoreries qui font le yoyo entre six et douze mois, la moindre secousse sur le CIR pourrait avoir l'effet d'un séisme. Pourtant, l'idée d'un coup de rabot de 450 millions d'euros sur le CIR est aujourd'hui à l'étude.

Cette situation rappelle le célèbre débat entre Keynes et Hayek sur l'intervention étatique. Là où Keynes aurait soutenu l'importance d'une intervention publique pour soutenir les périodes de ralentissement, Hayek aurait prôné une forme de sélection naturelle par le marché. L'enjeu aujourd'hui est de trouver un équilibre : dans un secteur aussi stratégique que la santé, peut-on laisser le marché jouer seul son rôle de sélection, ou bien un soutien public reste-t-il essentiel pour garantir le progrès collectif ?

L'investissement en santé : un électrocardiogramme en dents de scie

Le financement des entreprises innovantes dans la santé connaît des hauts et des bas. Après le pic des investissements en 2021, le secteur semble marquer le pas. DNA Script, pépite française de la synthèse d'ADN, en est l'exemple parfait. En 2021, elle levait 142 millions d'euros. Aujourd'hui ? Le silence radio. Ce refroidissement n'est pas un cas isolé. Selon France Biotech, les levées de fonds dans le secteur ont chuté de 32% en 2023 par rapport à 2021. Plus de levées de fonds, certes, mais avec des montants moindres.

Cette volatilité pose question : comment construire l'innovation de demain sur des sables mouvants ? La réalité, c'est que le modèle actuel montre ses limites. Les cycles de développement en santé, souvent décennaux, se heurtent à l'impatience des marchés financiers. La santé est un marathon dans un monde de sprinters. Résultat ? Des projets prometteurs abandonnés en cours de route, faute de financement pour les phases cruciales des essais cliniques. L'idée d'une main invisible, développée par Adam Smith dans La richesse des nations, serait ici obsolète. En effet, une allocation optimale des ressources dans un contexte où les résultats ne sont visibles qu'après des années semble illusoire.

Un enjeu de souveraineté et de bien commun

Le financement de la santé soulève des questions plus larges que celle de la seule pérennité des entreprises. Investir dans la santé, c'est investir dans le bien commun. Platon, dans « La République », imaginait déjà un État idéal où les citoyens contribuent à l'intérêt général. Mais l'innovation en santé, elle, se joue sur une scène globale, où les frontières s'effacent et où les investisseurs sont tentés d'aller chercher des opportunités là où le risque fiscal est moindre.

Les dernières années ont montré à quel point les avancées scientifiques, notamment en matière de vaccins, peuvent bouleverser nos vies. Dans une économie mondialisée, le rôle de l'État et des investisseurs privés dans le soutien à l'innovation devient une question de souveraineté : voulons-nous rester des acteurs majeurs de l'innovation, ou risquons-nous de voir partir nos talents et nos entreprises ? Le plan Innovation Santé 2030, doté de 7 milliards d'euros, est un pas dans la bonne direction. Mais est-ce suffisant face aux géants américains et chinois qui injectent des sommes astronomiques dans leur écosystème santé ?

Repenser nos modèles de financement pour assurer notre avenir sanitaire

Il est temps de repenser notre approche. Pourquoi ne pas s'inspirer du modèle BARDA américain, qui finance massivement le développement de technologies de santé critiques ? Ou encore, créer des "health tech bonds", sur le modèle des green bonds, pour attirer les investisseurs institutionnels ? L'innovation en santé n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Entre une population vieillissante et des pandémies qui nous guettent, nous n'avons pas le choix. Il faut innover, et vite. Mais pour cela, il faut de l'argent. Il est possible d'imaginer des partenariats renforcés entre les grandes entreprises pharmaceutiques et les startups, où les premières joueraient le rôle d'incubateurs. Cela permettrait de mutualiser les risques tout en accélérant le développement des innovations. La question de la souveraineté technologique, également évoquée dans le débat public, pourrait inciter à une révision des politiques fiscales en faveur d'un soutien encore plus direct à l'innovation, notamment par des contrats de pré-commercialisation ou des appels à projets plus ambitieux.

Share
Pauline Perrotton - Blog VC
Tous droits réservés 2024
Optimisé par Webnode Cookies
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer