Les controverses de la fameuse (et sexy) Greentech

04/12/2024

C'est l'enfant prodige de la tech, celle qui attire les regards des investisseurs, des politiques, et des médias. La greentech, avec ses startups ambitieuses et ses levées de fonds record, s'érige comme le porte-drapeau d'un futur plus vert. Pourtant, derrière les pitchs séduisants et les valorisations qui s'envolent, des questions fondamentales émergent. Et si la greentech n'était qu'un mirage?

L'effet papillon : quand les solutions déplacent les problèmes

La greentech promet de résoudre les grands défis environnementaux par l'innovation. Mais ces innovations sont-elles vraiment des panacées, ou simplement des rustines technologiques sur une plaie bien plus profonde? Prenons l'exemple des batteries électriques. Considérées comme le saint graal de la transition énergétique, elles posent des questions lourdes : d'où viennent les minerais nécessaires? Quid de l'impact écologique des processus d'extraction et de la gestion des déchets? L'extraction du lithium au Chili, par exemple, assèche des régions entières, mettant en péril des écosystèmes et des populations locales. Peut-on vraiment parler de solution durable quand celle-ci déplace les externalités négatives d'une région à une autre?

Greendeck ou Greentech : l'art de vendre du vent vert

À l'heure où les investisseurs s'enthousiasment pour les promesses d'une économie plus verte, un phénomène discret mais troublant s'installe : celui des pitch decks davantage teintés de vert que les projets qu'ils soutiennent. Derrière des diaporamas léchés évoquant un impact environnemental maîtrisé, certains projets peinent à démontrer un ancrage réel dans les enjeux de durabilité. Cette course au branding vert interroge : comment distinguer les projets sincèrement alignés sur la transition écologique des stratégies opportunistes qui surfent sur la vague verte pour capter des financements ? Un tri s'impose, mais encore faut-il des critères d'évaluation clairs pour y parvenir.

La tyrannie du court terme : urgence climatique vs rentabilité immédiate

La greentech évolue dans un paradoxe. D'un côté, elle doit répondre à l'urgence climatique; de l'autre, elle est prise dans le cycle infernal des levées de fonds, des valorisations exponentielles et des attentes de rentabilité rapide. Cette tension structurelle peut amener certaines startups à privilégier des résultats à court terme, au détriment d'un impact réel et durable. Le modèle actuel semble incompatible avec les défis systémiques qu'il prétend résoudre.

La dictature des métriques : quand l'impact se chiffre mal

Dans l'univers de la greentech, les métriques sont devenues des sésames pour attirer investisseurs et subventions. Tonnes de CO2 évitées, consommation énergétique réduite, efficacité augmentée… Mais que mesurons-nous vraiment ? Ces indicateurs, souvent simplifiés, ignorent les externalités négatives ou les transferts de pollution. Le besoin de quantification pourrait-il devenir un piège, favorisant des solutions chiffrables mais pas nécessairement transformatrices ? Qui décide des critères de "l'impact" et à quel prix ?

La financiarisation de la nature : sauver ou monnayer la planète ?

L'émergence de la greentech a vu naître un nouvel écosystème où la nature est valorisée sous forme d'actifs financiers. Les "Natural Asset Companies" (NACs), par exemple, permettent de monétiser la biodiversité. Mais cette approche pose une question fondamentale : à partir du moment où l'écosystème devient un actif échangeable, ne risque-t-on pas de reproduire les mêmes dynamiques extractivistes, cette fois déguisées en bonnes intentions ? L'objectif est-il de sauver la planète ou de générer des rendements verts ? Ce déplacement vers une nature financiarisée reflète-t-il une évolution des mentalités ou une opportunité pour certains acteurs de redessiner les règles économiques à leur avantage ?

La nouvelle guerre froide des ressources

Dans l'ombre de la transition énergétique se cache une autre bataille : celle des métaux rares et des minerais critiques. Lithium, cobalt, terres rares… Ces matériaux sont indispensables pour les batteries, les panneaux solaires et les éoliennes. Mais leur extraction redéfinit les rapports de force internationaux. La greentech, bien qu'animée par des valeurs de durabilité, pourrait devenir le levier d'une nouvelle forme de colonialisme économique, où les pays riches "verdiront" leurs économies sur le dos des pays producteurs. Peut-on vraiment parler d'innovation si elle perpétue des inégalités géopolitiques et écologiques profondes ?

Le mythe fondateur : quand la greentech devient religion technophile

La greentech ne se limite pas à des technologies ; elle est aussi un récit, une promesse de réconciliation entre l'humanité et la nature. Mais quels récits portons-nous ? Celui d'un futur réparé par des technologies salvatrices ou celui d'un nécessaire changement systémique et culturel ? Dans cette perspective, la greentech pourrait-elle devenir une religion technophile, détournant l'attention des vraies solutions — politiques, comportementales, collectives ? Si la technologie est un outil, encore faut-il s'interroger sur l'histoire qu'elle raconte et le pouvoir qu'on lui donne.

L'acceptabilité sociale : l'écologie à l'épreuve du terrain

On parle souvent d'innovation technologique, mais qu'en est-il de l'innovation sociale ? L'acceptation d'une technologie verte ne va pas de soi, même si elle est plus durable. Les résistances locales à certains projets, comme les fermes éoliennes ou solaires, montrent bien que l'écologie ne suffit pas à fédérer. Derrière ces résistances se trouvent des peurs légitimes : perte de paysages, nuisances sonores, voire méfiance envers des investisseurs extérieurs. Une question se pose : peut-on imposer un progrès technologique sans créer de fractures sociales ?

Une chose est sûre : la greentech, aussi sexy soit-elle, ne pourra pas réussir seule. La révolution verte sera politique, sociale, et culturelle — ou ne sera pas.

Pauline Perrotton - Blog VC
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